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Coin de poésie
A vous...
Je vous aime jusqu’à la lie… je ne sais quand cessera cet amour. Aujourd’hui, je vous veux près de moi, tout contre mon cœur… nu, entièrement nu, je vous veux nu. Je veux sentir votre peau, respirer votre vous… je veux vous caresser, passer mes doigts le long de vos cuisses, sur votre ventre, jusque dans vos cheveux… je veux voir votre plaisir fermer vos yeux, entrouvrir vos lèvres… je veux glisser ma langue sur votre langue, goûter votre liqueur…
Laissez-moi vous aimer !
Je veux entendre votre souffle s’accélérer… vos mains attachées aux montants du lit, je veux vous voir lutter.
C’est la vie qui vous a envoyé vers moi… laissez-moi entrer en vous !
La passion me dévore. Souffrance de l’obsession ! Sentiments si puissants que j’en déraisonne…
« On déclame sans fin contre les passions ; on leur impute toutes les peines de l'homme, et l'on oublie qu'elles sont aussi la source de tous ses plaisirs » (Diderot)
Je sais… je dois casser cet amour. Je dois m’arracher le cœur. Je dois m’extraire de votre vous… retourner dans le vide, me perdre dans le froid de l’indifférence, me laisser balancer par les cordes de la peine, mon corps frappant les murs hérissés des aspérités de la souffrance.
Laissez-moi renaître de ce massacre ! Je veux lui survivre !
Résistance à la déchirure… ne pas vous perdre, devenir votre amie… l’amour à l’état pur… dénué de toute passion. Pourrais-je vous frôler, sentir votre parfum, boire à vos yeux…
Je le veux !
...de moi.
A vous…
Lorsque ma pensée vient caresser votre vous, le bonheur s’installe dans tout mon moi. Je le sens qui se faufile, glisse et s’introduit sur chacune de mes particules, les pénètre jusqu’à les avaler entièrement… je ne suis plus. Vous êtes tout en moi et c’est votre vous tout entier qui vous sourit.
Traîtresse pensée qui s’échappe soudain, me laissant vide d’un vous qui me manque alors… et l’angoisse monte en moi de ne plus être envahie, d’être obligée d’être moi… sans vous. Le désir me mord… je sens ses lames qui me torturent… me laisser partir sous la douleur de ce bonheur trop grand !
Quand vous reverrais-je ? Combien de temps encore devrais-je sublimer votre absence… cette absence qui me rapproche sans cesse de vous dans une ronde lancinante d’espoirs évanescents. Je marche vers vous, je tends mes bras… restez !
Ho cruelle liaison que celle qui ne nous unie pas ! Misérable gouffre abyssal, infranchissable, me séparant de votre étreinte impossible ! Je ne renoncerai pas à cet amour inaccessible… je veux le magnifier, l’embaumer, le chérir à jamais. Je veux qu’il transcende l’inconcevable, qu’il subjugue la raison, piétine les barrières, détruise les nuages… je veux qu’il vive !
…de moi.
A vous…
Je donnerai mon corps à celui-là, pensant que c’était vous. Je fermerai les yeux sur votre absence et j’ouvrirai les mains sans vous toucher. Chaque parfum, du plus subtil au plus enivrant, sera le vôtre ; celui que j’aurai offert. Des images anciennes vives de lumière seront sur mon regard et ivre de vous, je vous supplierai d’encore m’enlacer.
Celui-là ne saura pas que je vous souris. De cette méprise nul doute que le temps construira des lambeaux de notre histoire. Mais votre vous, celui-là même qui aujourd’hui ancré dans la profondeur de mon âme ne cesse de m’obséder, celui-là ne périra pas.
Je l’ai dessiné sur mon âme à l’encre de chine. Votre vous il est en moi à jamais, indélébile, charitable, conquérant, reposé…
Ho mon amour inaccessible, j’ai peint votre tombe et m’y suis enfermée… avec vous. Personne n’y viendra nous déranger. Bonheur intarissable que cette pensée que celui-là ne soupçonnera jamais.
…de moi.
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Graziella Guerrier
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